Samedi 21 juin, 8h00 c’est le départ pour Bordeaux.
Christophe,
Mathieux,
Ricardo et moi, allons chez
francky pour partir ensemble. La pression monte et je me laisse conduire en essayant de dormir dans la voiture. Le sommeil ne vient pas, je suis déjà en train de faire ma course !!!
11h00, arrivée à
Artigues près de Bordeaux, où le départ est prévu à 14h00. Nous partons manger tous ensemble, avant de récupérer mon dossard et ma plaque de cadre. Pendant que je me prépare,
Christophe s'occupe de mon vélo,
Mathieux de mes bidons et
Ricardo organise la voiture pour les prochains arrêts.
Puis, ce sont les dernières mises aux points et dernières recommandations. Je suis le seul à pédaler, mais sans mon assistance, sans mes trois amis, je ne suis rien !!! Ce Bordeaux-Paris est une course d’équipe, où chacun a son rôle à tenir, pour que le 589 tienne bon !!!
13h 45 je suis sur la ligne de départ, le soleil et la chaleur sont de la partie il fait 35°, et le palpitant monte. 14 heures, un départ fictif est donné pour quitter Artigues, et puis c'est parti pour 623 Km.
J'arrive à bien me placer de façon à rester dans la tête du paquet. Les deux premières heures sont très rapides avec une moyenne de 40km/h de façon à ce que les groupes se forment avant le C1 (105km), où mon assistance m’attend, car elle ne peut commencer à me suivre qu’après le passage de celui-ci.. Une première alerte au km 85, je me fais lâcher, mais j'arrive à rentrer en slalomant entre les voitures suiveuses de l'organisation. Quelques kilomètres plus loin, je n'ai plus à boire! La chaleur et le rythme insoutenable m'oblige à lever le pied et à laisser le premier paquet partir. A ce moment de la course, je sais déjà que je vais souffrir et que mes temps estimatifs de passage aux différents contrôles ne seront pas respectés. Maintenant il faut gérer et tenir le rythme pour aller jusqu'au bout. Au C1 au lieu dit le "Bout du Bois", il est 17h04, et le premier groupe est passé depuis 20 minutes. Mon assistance s'inquiètait de ne pas me voir arriver d'autant plus qu'ils avaient entendu dire qu'il y avait eu des chutes et des abandons par insolation. Christophe me masse tel un kiné et vérifie mon vélo, Mathieux s’occupe des bidons et Ricardo me remplit les poches de gels énergétiques, de quiches et pizzas. En effet, il est important de manger salé les premières heures d’une course aussi longue. Douze minutes après, je reparts pour 127 km avec cette fois un soulagement pour moi car je sais qu’a partir de maintenant, la voiture est derrière moi en cas de problème.






la chaleur est étouffante, je fais plusieurs petits arrêts pour respirer, m'étirer. Les gars sont superbes, aux petits soins et me motivent à chaque fois qu'ils voient que je doute sur la suite. 23h46, me voici au C2 (231 km) de Isle Jourdain, où nous avons été déviés car 3 vélos ont été percutés. Quelques minutes avant j'étais avec eux!!! pourtant bien protégés par leur assistance, un véhicule les doublant s'est rabattu trop vite et les a percutés. Les nouvelles sont mauvaises, ils sont gravement blessés et évacués. Je suis choqué et je commence à douter.

Richard et Christophe m'ont préparés pour la nuit, en m'équipant de manchettes, jambières et d'un gilet fluo. Minuit je reparts pour le C3.

J'ai de bonnes jambes, mais une pointe au coeur sous les côtes qui gène ma respiration à l'effort. Le parcourt est très bosselé comme je l'aime!!!! Après la canicule, le déluge. Il est 1h30 et les éclaires tombent autour de moi. Je n'avais jamais vu cela, à tel point que je me pose des questions sur ma sécurité. Il tombe des cordes, je suis trempé et le moral n'est pas au beau fixe.

3h00 arrivée au C3 (313 km) à Martizay, où le contrôle se fait dans un café. Je me change des pieds à la tête, pendant que les gars me commandent un bon chocolat chaud. Il pleut toujours et encore, et je fais une hémorragie nasale. Richard me donne un kleenex que je me mets dans le nez par petits bouts. Rien n'y fait je saigne de plus en plus. Je me fais un point de compression ce qui m'oblige à tenir mon cintre d'une main. Au bout de quelques minutes, le saignement s'arrête enfin. Les routes sont détrempées et moi fripé comme un petit vieux. Je ne sents plus mes doigts de mains et mes doigts de pieds comprimés et trempés. Bref tout va bien!!!!


6h10, j'arrive au C4 (384km) de Noyers sur Cher qui est le bien venu. Les conditions sont exécrables. Cela fait 4 bonnes heures que je roule au mental sous la flotte. Je profite de cet arrêt pour me changer une nouvelle fois des pieds à la tête pour éviter de prendre froid.

A ce moment, je pense déjà à arrêter. Les abandons s'accumulent autour de moi, il est de plus en plus difficile de se motiver. Les gars sont encore une fois là pour me donner l'envie de repartir. Il est 6h30 et je remonte sur mon vélo pour un nouveau bain de 34 km. Le C5 n'est pas loin en distance, mais les kilomètres par ce temps, et par ma fatigue physique et morale, sont doublés voir triplés. Les gars sont géniaux. Christophe, Richard et Mathieux font un superbe boulot, et sont là pour me motiver, me calmer et me conseiller en plus d'être réactifs à toutes mes demandes. Le Contrôle suivant arrive, il est 8h05, et c'est l'arrivée au C5 à Romorantin (418 km). Je pointe et je mange, mais je sais déjà que je vais arrêter. Cela fait plusieurs kilomètres que j'y pense. C'est réfléchit, je n'en peux plus, j'ai 428km au compteur il en reste 200 à faire. Je connais mes limites physiques, et je ne veux pas continuer au risque d'aller trop loin me sentant en danger physiquement. Je vois dans les yeux des gars de la déception et de la compréhension. Christophe me dit même "ce que tu as fait, je ne l'aurais jamais fait". Ils me comprennent, me connaissent et savent que si j'ai pris cette décision, avec tous les sacrifices réalisés jusqu'à ce jour, c'est vraiment que je suis au bout du rouleau. Mon Bordeaux Paris s'arrête donc à Romorantin après 428 km. Je ne regrette rien, cela fut une superbe expérience sportive, et une extraordinaire expérience humaine. En effet Christophe, Mathieux et Richard ont partagé un "truc" très fort avec moi, une aventure dans l'aventure. Des moments forts, des regards, des mots, des gestes et une complicité qui font que malgré le fait de ne pas avoir atteind Paris, j'ai gagné. Oui j'ai gagné car tout ce que nous avons partagé, personne ne pourra nous l'enlever. Bordeaux Paris ou même Bordeaux Romorantin c'est finit et bien fini, merci à Christophe, Ricardo et Mathieux, merci à ma femme, mes enfants, mes parents, ma famille, mes amis et tous les autres de m'avoir soutenu et suivit dans cette aventure en espérant que je ne les ai pas trop déçu, mais encore une fois, croyez moi je suis bien allé au bout de mes limites. Maintenant c'est du repos, les vacances d'été et puis retour à la compétition route en départemental, que je ne manquerais pas de vous relater.
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